Après le retour au calme consécutif aux échauffourées ayant opposé deux communautés jeudi 25 avril dernier, les problèmes de sécurité sont plus que jamais à l’ordre du jour.

Des klaxons à tout vent, des vrombissements de moteurs, des éclats de voix à gorge déployée de certains usagers plongent les visiteurs dans l’univers cacophonique du centre ville d’Obala. Un lieu de forte concentration humaine dans lequel des piétons qui montent et descendent en battant le pavé se mêlent aux marchands ambulants souvent noyés dans cette marrée humaine dont certains usent de Vuvuzela pour attirer l’attention de potentiels clients. Comme en témoigne la mobilité des populations qui vaquent sereinement à leurs occupations le dimanche 28 avril, la vie a repris son cours normal dans le chef-lieu de cet arrondissement du département de la Lekié, région du Centre après les empoignades de jeudi 25 avril dernier entre les autochtones(Etons) et les originaires du Grand Nord.

Selon la déclaration d’Obala à l’issue de la concertation du préfet du département de la Lekié avec les leaders des communautés vivant à Obala, la cause de cette rixe est une « altercation entre deux adolescents en date du 24 avril 2019 vers 19h n’ayant aucun lien avec les origines tribales s’est malheureusement soldée par le décès tragique de l’un des antagonistes, habitant le quartier Haoussa ». Rien à voir avec la version qui a inondé la toile ce jour-là et largement relayée par les médias. « La jeune fille dont il est question rentrait du sport. Elle s’est faite agressée par le défunt qui au moment de l’agression lui a arraché son téléphone. 

En poussant des cris de détresse, un groupe de garçons de la communauté Eton est venu à son secours. Le garçon du quartier Haoussa a sorti son couteau pour se défendre, mais il a été neutralisé et poignardé à mort. Le lendemain, toute la communauté Haoussa s’est levée comme un seul homme et est allée saccager le domicile du père de la jeune fille non sans épargner les Etons de représailles », relate un membre de la famille du jeune Eton. A l’en croire, les meurtriers ont justifié leur action du fait de la récidive de ces forfaits qui restent généralement impunis.
Notre informateur précise que des cas d’agressions et d’assassinats sont récurrents à Obala mais parfois quand des suspects sont appréhendés, ils sont relaxés quelques heures plus tard et reviennent proférer des menaces de toutes sortes à leurs victimes.

Insécurité

Germain Edzana, vice-président de la gare routière d’Afamba, décrie le comportement des forces de maintien de l’ordre, « nous avons beaucoup de difficultés avec les responsables de l’Etat (Policeet gendarmerie) de cette localité. Nous pensons qu’ils doivent améliorer leur façon de travailler notamment sur les vérifications de pièces de véhicules et personnelles. En ce qui concerne par exemple les contrôles routiers, ce n’est pas bien fait.

Quand vous arrivez devant cette barrière mixte, vos pièces d’identité n’intéressent guère ces éléments. Dès que vous avez ce qu’ils veulent, vous pouvez circuler sans crainte, ils ne cherchent pas à savoir si c’est votre moto ou pas. La conséquence c’est que plusieurs personnes ne sont pas identifiées. Des individus circulent dans la ville parfois sans carte nationale « d’identité. Pareil pour la mairie. Les agents nous délivrent parfois des tickets sans cachets. Tout ca n’est pas normal ».

Même son de cloché chez Gustave Ambomo Mballa qui affirme avoir perdu son frère Paul Bidzogo Andzongo le 22 avril dernier suite à une agression. Il va plus loin en déclarant que cette nuit là, en dehors de son défunt frère, quatre autres corps ont été découverts dans la ville. « Nous vaquons normalement à nos occupations de 06 à 18 h. Une fois que la nuit tombe, il devient risqué de circuler dans certaines zones car il y a un risque élevé de se faire agresser. Nous avons tous une idée des gens qui pourraient en être les responsables sauf que ceux qui nous dirigent font semblant de ne pas voir ou de ne pas connaitre la vérité. Mes voisins et moi évitons d’emprunter des voies non éclairées à partir d’une certaine heure dans certains quartiers. 

En ce qui concerne mon frère qui faisait la moto dans la nuit, le jour de son décès, nous avons reçu un coup de fil nous informant qu’il a été poignardé à mort. Une fois sur les lieux (Paloma), nous avons trouvé son corps qui gisait dans une mare de sang, son crâne était totalement fracturé. Jusqu’aujourd’hui, les enquêtes n’ont pas révélées l’identité de ses assassins ». Le corps de son frère qui se trouve à la morgue de l’Hôpital de district d’Obala sera inhumé le 11 mai prochain, apprend-on. Les informations mentionnées supra n’ont pas pu être confirmées ou infirmées par les responsables des forces de maintien de l’ordre de cette localité que nous n’avons pas pu joindre.

Néanmoins, Sa Majesté Mohaman, chef de la communauté Haoussa confirme qu’il y a une crise sécuritaire dans cette ville, « dès lors que les autorités ont pris l’engament de maintenir la paix, je pense qu’elles le feront car il y a toujours des niches de tension qui couvent. Si les autorités n’étaient pas intervenues à temps, on allait vivre le pire ». 

Tout étant optimiste, il clame que « depuis les évènements de jeudi dernier, il y a eu une réunion de crise, la situation est calme tout est revenu à la normale. La réconciliation est parfaite. Compte tenu de cette crise, nous avons eu une réunion impliquant toutes les parties (parents, notables, jeunes) et chacun s’est engagé pour la paix. Les jeunes ont présenté leurs excuses et ont promis de ne plus jamais recommencer. La fraternité interethnique qu’il y a eu toujours eu entre nous doit perdurer et pour se faire, chacun doit s y mettre ».

Pour éviter un scénario similaire, les résolutions adoptées lors des assises de vendredi 26 avril dernier sont entre autres : la prise d’engagement comme un seul homme à barrer la voie à toute velléité tribaliste au sein des communautés qui vivent ensemble depuis des décennies ; la conjugaison des efforts pour maintenir la ville d’Obala dans un climat de terre d’accueil, de citadelle du vivre-ensemble, havre de paix ; la mise en place d’un comité de sages dont la mission permanente est de prévenir ou de modérer les tensions entre les différentes communautés sociologiques qui composent la localité d’Obala.

Source: camer.be

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