Après le chef de l’Etat à Rodez, le Premier ministre se rend ce jeudi à Lons-le-Saunier, dans le Jura, pour débattre avec des parents d’élèves du futur système de retraite universel. L’exécutif veut convaincre de sa volonté de « dialoguer » et rassurer sur un sujet très anxiogène en jouant sur l’argument du temps.

Lons-le-Saunier, « c’est beau, mais c’est loin ». C’est peut-être ainsi que ce jeudi soir, Edouard Philippe lancera, comme il a aimé le faire lors du grand débat national en usant et abusant de cette formule chiraquienne, le dialogue qu’il doit avoir avec des Français sur le futur système universel de retraite . De quoi, à sa manière, s’attirer si ce n’est la sympathie, du moins l’oreille du public. Après Emmanuel Macron à Rodez , c’est au tour du Premier ministre de prendre son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre des Français inquiets et de plus en plus sceptiques sur le « pourquoi » de ce que l’exécutif appelle la « refondation » du système de retraite.

Un « nouveau contrat social », insiste régulièrement Edouard Philippe. « Pourquoi, oui, pourquoi réformer les retraites ? Parce que ce n’est pas facile ! C’est sûr que si on avait voulu jouer la facilité, on n’aurait pas regardé ! » avait-il lancé fin septembre, avec une certaine autodérision, devant les militants du Modem.

Contrat social

« Nous ne la faisons pas par je ne sais quelle fascination pour la difficulté. Nous la faisons parce que nous pensons que ce système doit être modifié », avait continué le Premier ministre, pointant notamment les « injustices trop notables » du système actuel. Alors ce jeudi, c’est avec des parents et des grands-parents d’élèves – de 100 à 200 personnes sont attendues – qu’Edouard Philippe a décidé d’échanger quand l’exécutif a toutes les peines du monde à convaincre, d’une part sur ce nouveau « contrat social » et, d’autre part, sur le fait qu’il n’y aurait pas d’entourloupe financière à la clef.

« Cette réforme, c’est un fil entre les générations », explique l’entourage d’Edouard Philippe pour vanter l’aspect « contrat social ». « Les parents sont les premiers concernés, poursuit-on. Et ce, même si la génération née en 1963 ne sera peut-être pas la première touchée pour toutes les catégories . Leurs enfants arriveront sur le marché de l’emploi quand la réforme aura atteint son rythme de croisière. Les grands-parents, ils ne sont pas concernés en tant que retraités, mais en tant que citoyens. lls ont le droit de dire ce qu’ils en pensent. » Jusqu’ici, le discours martelé par le gouvernement consistant à dire aux retraités, comme pour les rassurer, qu’ils n’étaient pas concernés, a surtout contribué à accroître l’inquiétude de tous les autres.

Calendes grecques

Objectif affiché, donc : « Montrer qu’on consulte, on écoute. Des choses sont connues, d’autres sont à débattre comme le ”travailler plus longtemps” ou le rythme des transitions. On veut prendre le pouls du pays », insiste Matignon, selon le credo de l’acte II. Objectif, aussi : rassurer. Ceux qui ne veulent pas du statu quo, en affirmant qu’il n’y a « aucune hésitation ». Rassurer, surtout, tous les autres, avec un argument brandi depuis le début par Edouard Philippe : le temps , les transitions « très progressives ».

« On n’est pas acculé par l’urgence, souligne Matignon. On peut être audacieux et en même temps s’accorder le temps nécessaire pour qu’il n’y ait pas de ruptures, de violence. » Avec le risque, pour dépasser les blocages, de s’en remettre, craint un soutien du chef de l’Etat « aux calendes grecques ». Très loin.

Isabelle Ficek

source: lesechos

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