Malgré les paroles parfois crues, des clips aux images obscènes, pourquoi ces chansons attirent le public et sont à l’origine de la popularité de plusieurs artistes.

Le titre de la chanson tient en une phrase. « Caleçon ». C’est une collaboration entre Coco Argentée, chanteuse de bikutsi et Ko-C, un des nouveaux visages de la musique urbaine. La chanson est sortie le 21 octobre et a tout de suite rencontrée l’adhésion de 2 millions de camerounais qui se la partagent, la parodient à souhait. Sur le réseau social de partage de vidéos You-Tube, ils sont plus de 3000 personnes à avoir « like » le vidéogramme de la chanson. De quoi parle cette chanson ? D’infidélité. Une femme (Coco Argentée) est prise en fragrant délit d’adultère par son mari. Devant le juge, elle nie le fait et surtout dit ne pas connaître son amant (Ko-C). Ce dernier s’en étonne et lui demande dans un langage familier voir vulgaire ce que ses sous-vêtements font à son domicile. 

« Caleçon », il faut le souligner, est inspirée d’une chanson de l’artiste de bikutsi Racine Sagath : « Nem Mintié ». Sortie en 1998, elle a aussi connu l’adhésion du public qui reprenait son refrain où le mot « caleçon » était scandé à plusieurs reprise : « Ton caleçon éé fait quoi chez moi ? ». Dans la version de Coco Argentée et Ko-C, on retrouve aussi le mot « nioxer », qui signifie faire l’amour en argot et fut popularisé par un autre chanteur : Petit Pays. Si Coco Argentée et Ko-C font preuve de mesure dans leur clip, ce n’est pas le cas de Maalhox Le Vibeur. C’est un rappeur trash populaire auprès d’un certain public qui le vénère pour sa musique où il ne s’embarrasse pas de formules pour appeler un chat un chat. Dans un style terre à terre voire cru, il parle de sexe sans fausse pudeur. 

Maalhox Le Vibeur est actuellement au devant de l’actualité avec un titre tout aussi explicite : « Tu veux enlever ? ». Quelques passages softs disent ceci : Elle a mit le rouge, pour déranger. Elle a mit le rose, pour pimenter. Elle a mit le blanc, pour tacler. Elle a mit le noir pour cacher la saleté », dit le rappeur, fidèle à lui-même, qui a servi à ses abonnés un vidéogramme très érotique où les danseuses en string se déhanchent au rythme de la chanson. 

Bien avant « Caleçon », « Tu veux enlever ? », l’attention des Camerounais était attirée par un autre buzz musical. Celui de la chanson « Mimbong mi mani bé » de l’artiste Joël La Fleur. Les images de son vidéogramme ont suscité un challenge. Sur les réseaux sociaux Tik Tok et Instagram. On a vu des hommes mettre sans complexe les matelots, ces petites culottes jeans habituellement portées par des femmes. Les vidéos de ces challenges se sont partagées sur internet au point de devenir virales. Joël La Fleur n’est pas allé chercher bien loin son inspiration. Le buzz de « Mimbong mi mani bé », il le doit à un autre buzz. Une vidéo dans laquelle il embrasse une dame. Pour l’artiste de mbolé, le public camerounais est friand de ce type de musique. Sa chanson, dit-il, répond tout simplement à leur attente. « Au Cameroun, pour retenir l’attention, il faut parfois faire des choses hors-normes. En postant cette vidéo, je savais que certains allaient m’insulter et d’autres m’applaudir. Cette vidéo avec la dame a attiré leur curiosité. J’en ai profité pour leur présenter ma surprise Mimbong mi mani bé », confiait-il dans les colonnes de Le Jour en août dernier. 

Très remonté contre les reproches qui lui sont régulièrement adressés sur le caractère vulgaire de sa musique, Maalhox Le Vibeur assène : « Je décris la société telle que je la vois et la vis et vous n’êtes pas obligés de partager la même vision que moi », dit-il avec ce franc-parler qui le caractérise. Pour le rappeur sa musique n’a pas vocation à éduquer les populations. « Je n’essaye de plaire à personne et surtout je n’oblige personne à écouter ce que je fais ou à regarder mes clips. Je suis mon propre producteur je paye tout du studio au clip moi-même depuis mes débuts », fait-il savoir. 

« L’attrait des musique sur le sexe est lié à la préférence des mélomanes pour le sensationnel. Dans l’art musical, les consommateurs accordent plus un culte aux chansons diffusées par les mass-médias. Ce sont les chaînes de télévision, les radios, les bars dancing, les boites de nuit qui imposent aux mélomanes les chansons triviales. Le type de musique que nous écoutons est fonction de l’environnement social pollué par la crise de moralité publique, la crise de valeurs, de normes et de modèles », analyse le sociologue Serge Aimé Bikoi. Mélomane avertie, Marthe Suzanne Mveng pense que la critique est souvent très dure avec les artistes qui parlent de sexe. Pour elle, on ne s’attarde pas toujours sur le véritable message de ces musiques. Elle prend pour exemple « Caleçon ». « Honnêtement pour moi c’est une très belle chanson dans la mesure elle véhicule des leçons que beaucoup n’ont pas su voir parce qu’ils ce sont attardés sur le titre et le visuel. 

Également sur quelques mots qui sont d’ailleurs utilisés chaque jour dans notre environnement. Pour qu’un message passe, il faut utiliser le langage de sa cible. La cible de KO-C et Coco Argentée est jeune et nous savons tous que beaucoup d’entre eux sont attirés par l’argent facile. Les deux chanteurs attirent donc l’attention sur ces dérives sociales que sont l’argent facile, l’adultère et le mensonge », dit la bloggeuse. .Elle va plus loin dans son analyse et vante les atouts d’une chanson qui vend d’après elle, la culture camerounaise. « La musique de Caleçon s’achève sur le fond sonore de « Kouang » (la bague du paresseux) de l’illustre groupe Takam 2. Le « Njang » qui est une danse traditionnelle du Nord-Ouest du Cameroun est magnifiquement exécutée par Ko-c et ses danseurs », plaide Marthe Suzanne. Selon Serge Aimé Bikoi, le succès des chansons liées au sexe est relatif. Car les ventes commerciales ne suivent pas pour toutes ces musiques. 

Il est vrai qu’aujourd’hui avec internet, les nombres de vues sur les vidéogrammes (qui génèrent de l’argent) sont un indicateur. Tenez ! 20h après avoir été posté sur You-Tube, le 1er décembre, « Tu veux enlever ? » totalisait déjà plus de 58 000 vues et 4000 « likes ». « Caleçon », compte plus de 2 millions de vues de You-Tube. La vidéo est autant regardée au Cameroun qu’à l’étranger. Mais le succès de ces musiques dans de nombreux cas ne dure que le temps d’un buzz. « Goûter ça » de Grand Barack sortie fin 2019 est déjà aux oubliettes. Joël La Fleur doit désormais occuper la scène avec un autre tube pour retenir l’attention. « Ces musiques meurent vite parce qu’elles n’ont pas de contenu substantiel en termes de messages éthique, pédagogique et didactique. En effet, il s’agit parfois d’un brouhaha musical agencé pour souscrire à la scénographie l’ambiance de la jactance, de la jouissance, de la réjouissance. Elles permettent de se trémousser lors des fêtes mais quelques temps après elles meurent en raison d’une certaine vacuité aussi. Toute musique qui est dénuée de sens, de contenu, de messages dans l’industrie de l’art est vouée à l’échec », affirme le sociologue.

Source: https://www.camer.be/83895/1:6/cameroun-musique-la-recette-du-sexe-cameroon.html

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